Matériels de sécurité et EPI

La production vinicole expose les professionnels à des risques spécifiques liés aux fermentations, aux espaces confinés, aux produits chimiques, aux travaux en hauteur et aux situations de travail isolé. La prévention de ces dangers repose sur la mise en oeuvre d'équipements de sécurité adaptés, notamment la détection des gaz, les équipements de protection individuelle (EPI), les dispositifs antichute, les systèmes de ventilation et les moyens d'intervention d'urgence.
L'objectif est de garantir la sécurité des opérateurs tout en assurant la continuité des activités en cave.

Contexte et enjeux de sécurité dans les chais

Les activités oenologiques exposent les travailleurs à des risques spécifiques liés :
  • à la fermentation alcoolique (dégagement massif de CO₂)
  • aux espaces confinés (cuves, fosses, chais)
  • aux produits chimiques (désinfection, traitements, nettoyage CIP)
  • aux travaux en hauteur (cuverie, passerelles, pressoirs)
  • au travail isolé

La prévention repose sur une combinaison de plusieurs facteurs :
  • mesures organisationnelles
  • ventilation des locaux et espaces adaptée
  • détection des risques 
  • équipements de protection individuelle (EPI) et collective

Obligations réglementaires

La réglementation impose aux employeurs d'évaluer et de prévenir les risques liés aux atmosphères dangereuses et au travail isolé.
Les organismes de prévention insistent sur trois piliers : captage à la source, ventilation adaptée et détection fiable. Ces mesures sont essentielles pour réduire l'exposition des gaz à risques.

Risques et dangerosité

On estime qu'un litre de vin produit environ 50 litres de CO₂ lors de la fermentation alcoolique.

Ce gaz, plus lourd que l'air, est libéré dans l'atmosphère et forme un « disque » au-dessus des cuves puis s'accumule ensuite au sol, surtout dans les zones peu ventilées du chai.

Les effets sur la santé

  • A partir de 3 % de CO2 dans l'air, on observe une accélération de la fréquence respiratoire.
  • A partir de 5 % : fatigue, maux de tête, irritabilité, altération de la concentration et de la vigilance.
  • A partir de 10 % : des symptômes sévères apparaissent comme des troubles visuels, tremblements et sueurs.
  • A partir de 15 % : début du seuil critique avec perte de connaissance.
  • A partir de 20 % :  seuil critique avec dépression respiratoire, convulsions, coma et décés

Des accidents dramatiques, comme des cas d'asphyxie mortelle, sont recensés, notamment lors de l'ouverture de caves ou d'interventions dans des cuves .
Concentration CO2 et effets sur la santé
Concentration C02 et effets sur la santé

Détection de gaz

Si le dioxyde de carbone (CO₂) est le gaz le plus connu en viticulture, notamment lors de la fermentation alcoolique, il n'est pas le seul danger potentiel. Le personnel peut également être exposé à :

Dioxyde de carbone (CO₂) :

  • Produit lors de la fermentation
  • Gaz inodore, incolore
  • Plus lourd que l'air → accumulation en zone basse
  • Risque : asphyxie rapide sans signe d'alerte

Le test de la bougie :

Une pratique encore répandue mais formellement déconseillé : la flamme reste visible bien au-delà de seuils mortels de CO₂, et ne reflète que l'absence d'oxygène, pas la sécurité de l'air respirable. Une expérience pédagogique a montré qu'une bougie peut continuer à brûler alors que les détecteurs mesurent déjà des niveaux dangereux, confirmant l'inefficacité de cette méthode.

Autres gaz possibles :

  • SO₂ (anhydride sulfureux)
  • H₂S (hydrogène sulfuré)
  • Gazs liés à la maintenancesolvants, vapeurs chimiques ou atmosphères appauvries en oxygène
  • CO (monoxyde de carbone) : issu de moteurs thermiques, chaudières ou équipements de chauffage mal ventilés
  • Manque d'oxygène (O₂) : dû à un déplacement de l'air par d'autres gaz ou à une ventilation insuffisante

Types de détecteurs

La détection précise du CO₂ est indispensable : seuls des capteurs spécialisés permettent de mesurer avec fiabilité le taux de CO₂. La détection de gaz connectée permet une surveillance en temps réel de l'atmosphère dans les zones à risque. Grâce à la connectivité, elle apporte une véritable valeur ajoutée à la prévention.

Détecteurs portables individuels

  • portés à la ceinture ou au torse
  • mesure en continu
  • alarme sonore/visuelle /vibrante immédiate si dépassement de seuil
  • détection simultanée de plusieurs types de gaz
  • transmission automatique des données vers une plateforme de supervision.
  • visualisation à distance des situations à risque.
  • historique et traçabilité des expositions.

Détecteurs fixes


Ils ont les mêmes caractéristiques que les modèles portatifs sauf qu'ils surveillent des zones de travail plus étendues et peuvent être intégrés à la ventilation pour déclencher des actions si nécessaire.
L'ensemble de ces caractérisques permet d'anticiper les incidents et d'intervenir rapidement, même lorsque le travailleur est isolé.
Les paramètres pouvant être mesurés : O2, CO2, SO2, H2S, CO…

Bonnes pratiques

  • étalonnage régulier (6 à 12 mois) pour garantir la fiabilité des mesures
  • test fonctionnel avant utilisation (bump test)
  • formation du personnel
  • procédure d'évacuation définie

Protection des Travailleurs Isolés (PTI / DATI)

Situations concernées

Ci dessous une liste de configuration de travail pouvant engendrer des risques pour les travailleurs isolés et nécessitant une protection indivuelle par du matériels certifiés PTI ou DATI modernes :
  • salarié seul et autonome dans un chai
  • nettoyage de cuves
  • maintenance en zone isolée
  • travail nocturne ou hors horaires habituels

Dispositifs PTI/DATI

PTI  = Protection du travailleur isolé
DATI = Dispositif d'alarme du travailleur isolé

Fonctions essentielles de ces dispositifs d'alertes modernes

  • alarme volontaire par la perosnne isolée en cas de detresse respiratoire ou chute
  • détection d'absence de mouvement
  • détection de chute
  • localisation (GPS ou radio) de la perosnne en difficulté
  • transmission des alertes vers un centre de supervision, secours ou téléphone d'un responsable

Les équipements se présentent sous forme de badge PTI/DATI, smartphone sécurisé, montre ou boitier dédié spécifiquement à cet usage et les différentes fonctions citées ci-dessus peuvent être couplées sur le même appareil.
Ce dispositif nécessite d'avoir une procédure d'intervention, des personnes désignées pour la réception des alertes et des tests périodiques du système.

Équipements de protection respiratoire

Risques respiratoires dans les chais

Au quotidien, dans un chai, les salariés sont confrontés à divers risques respiratoires, même en dehors de la période des vinifications, par exemple :
 
  • utilisation de SO₂ (irritant et toxique)
  • vapeurs de produits désinfectants lors du nettoyage du cuvier
  • atmosphère pauvre en oxygène durant les vinifications
  • CO₂ dans les cuves en phase fermentaire

Types d'équipements pour la protection respiratoire

Quels masques utilisés ?

Les masques filtrants jetables FFP2 (poussières, aérosols) et FFP3 (protection renforcée) ne sont pas homologués pour ces types de risques.
Par contre, les masques à cartouches filtrantes (A,B,E,ABEK) et les appareils respiratoires isolants (ARI) sont adaptés et obligatoires en atmosphère inconnue et appauvrie en O2.

Règles d'utilisation

Quelques règles sont à respecter pour garantir un bon fonctionnement :
  • test d'étanchéité
  • remplacement périodique des cartouches
  • stockage sec
  • formation obligatoire

Ventilation des espaces confinés

Chaque chai de vinification comprend presque toujours un ou des espaces confinés qui sont difficilement aérables. Il peut s'agir d'une cuve de fermentation, d'un cuvon ou fosse de réception, un réseau enterré ou un local sans fenêtres.
Lorsque le taux de CO₂ dépasse 0,5 %, il est recommandé d'utiliser un extracteur d'air (centrifuge ou hélicoïdal) doté d'un variateur pour régler le débit d'air selon les besoins. Un protocole d'intervention (mise en place du ventilateur, durée de ventilation, équipements requis, présence d'un surveillant…) doit être formalisé et suivi rigoureusement. La CARSAT recommande aussi la ventilation forcée systématique dans les zones à risque.

Les objectifs pour lutter contre le manque d'O2

  • dilution du CO₂ par aération
  • apport d'oxygène
  • évacuation des vapeurs chimiques

Comment ventiler ?

Idéalement intégrée dès la conception du chai, la prévention doit viser la limitation des zones de stagnation du gaz et faciliter un renouvellement efficace de l'air. Des solutions existent, soit par :

Ventilation naturelle

  • Ouvertures hautes et basses mais insuffisante seule en fermentation intense

Ventilation mécanique (recommandé)

  • Extracteurs d'air
  • Insufflation forcée

Procédure d'entrée en espace confiné

  • analyse atmosphérique
  • ventilation préalable
  • port EPI adapté
  • surveillant extérieur
  • plan de secours

Équipements de protection chimique

Risques liés aux produits de nettoyage et de désinfection

En oenologie, il s'agit la plupart du temps d'équipements liés aux risques d'utilisation des produits de nettoyage ou de désinfection, tels :
 
  • la soude caustique
  • les acides de nettoyage
  • les désinfectants
  • les solutions d'anhydride sulfureux

Équipements de protection individuels recommandés

Le but est essentiellement du protéger l'ensemble du corps humain lors de toute manipulation avec des EPI, à savoir :
 
  • combinaison chimique type 3 ou 4 (projection liquide)
  • tablier PVC
  • vêtements imperméables
  • gants nitrile, néoprène ou butyle
  • lunettes étanches
  • écran facial
  • bottes chimiques antidérapantes

Équipements antichute

Origines des chutes

Dans un chai, les risques de chute existent et les origines peuvent être multiples :
 
  • passerelles de cuves
  • escaliers métalliques humides
  • travail sur pressoirs
  • nettoyage en hauteur sur échelle ou escabeau

Systèmes de protection antichute

Il existe des solutions préventives contre les chutes :

Protection collective prioritaire 

  • garde-corps
  • plateformes sécurisées
  • lignes de vie fixes

Protection individuelle

  • harnais antichute EN 361
  • longes avec absorbeur d'énergie
  • antichute à rappel automatique
  • points d'ancrage certifiés

Les bonnes pratiques sont également essentielles pour assurer la sécurité des salariés à savoir une inspection annuelle obligatoire, une formation de travail en hauteur et la mise en place d'un plan de secours en suspension.

Synthèse des recommandations pour les exploitations viticoles

En intégrant la détection de gaz connectée et la protection du travailleur isolé, les exploitations viticoles et les structures de vinification disposent aujourd'hui d'une approche globale de la sécurité. Cette combinaison permet de mieux anticiper les risques, de protéger les équipes et de sécuriser durablement les activités en cave et en chai.
 
Axe de prévention Actions recommandées
Conception du chai
  • Prévoir ventilation adéquate à la surface du chai, aération des cuves et espaces bas du chais, éviter les espaces d'accumulation du CO2
Captage et ventilation
  • Installer des systèmes mécaniques efficaces pour renouveler l'air des cuves avant tout accès.
Détection du CO2
  • Utiliser des détecteurs infrarouges fiables, en mode portatif ou fixe, avec alarmes et possibilité de raccord à la ventilation.
Organisation du travail et formation
  • Ne jamais entrer seul dans un espace confiné.
  • Informer tous les intervenants et établir des protocoles clairs
  • Former régulièrement les équipes avec des ateliers de prévention
Entretien des équipements
  • Calibrer annuellement les détecteurs et vérifier avant usage

La prévention dans une entreprise repose sur du matériel mais aussi et surtout sur une stratégie efficace combinant :
  • évaluation des risques 
  • formation régulière du personnel
  • signalisation adaptée
  • maintenance des équipements
  • procédures d'urgence
  • culture sécurité en exploitation
Le conseil sécurité et prévention
Le risque lié au dioxyde de carbone (CO2) dans les chais de vinification est bien connu de la profession mais il est pourtant loin d'être maîtrisé.
La stratégie de prévention généralement axée sur l'aération naturelle, aléatoire et incontrôlable, est insuffisante.
Les accidents mortels se répètent tous les ans, on en dénombre encore 5 en France l'année passée.
Face à l'un des risques professionnels les plus meurtriers du secteur, plusieurs mesures de prévention peuvent être mises en oeuvre

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